Le football est fait d'histoires. Qu'elles soient belles, cruelles, insolites, émouvantes ou scandaleuses, Jerz & Jerem vous proposent d'en découvrir quelques unes.
Ah, ces footballeurs dits « à fort caractère » qui ne se privent pas pour mettre à profit leur science du coup bas sur le terrain. Ceux qui mettent en avant des réactions stupides. Les entraîneurs où les présidents qui encaissent mal la défaite. De temps en temps ce sont même les arbitres qui s’adonnent à la saillie d’un « adversaire » en public. Nos amis footeux se signalent par ce qu’on peut appeler du chambrage, ou encore des « coups de pute ». Petit tour d’horizon.
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Pour certains entraîneurs, attaquer les arbitres après les matches fait presque partie intégrante du show. En plus, les hommes en noir se murent souvent dans un mutisme après les matches. Difficile en effet de leur arracher une réaction sur leurs performances même si, dès que l’un d’entre eux le fait et admet une ou plusieurs erreurs, sa lucidité est mise en avant par la presse.
Quoi qu’il en soit, début de saison 2007, Franck Dumas fait ses premiers pas sur un banc de touche de Ligue 1, à Caen. Débuts difficiles. Après une défaite contre Metz (2-1), le jeune entraîneur laisse parler son amertume en conseillant à l’arbitre international de « prendre sa retraite ».
Interrogé par France Football à ce sujet, Eric Poulat ne se démonte pas : « Si Monsieur Dumas veut prendre ma place, je n’y vois pas d’inconvénients mais je pense qu’il y aurait des émeutes à chaque match. De mon côté, si je prenais la sienne, ça ne serait pas pire puisque Caen est déjà dernier »
Et pan, dans tes dents. Dumas répondra par l’intermédiaire d’un communiqué nettement moins clinquant : « Je suis agréablement surpris par l’intelligence et la lucidité des propos de Monsieur Poulat. Ce qui me désole (lors des deux matchs arbitrés par celui-ci, Caen-Montpellier et Caen-Metz, quatre penalties évidents n’ont pas été sifflés), c’est sa mauvaise foi à ne pas reconnaître ses erreurs qui ne sont pas dignes de son professionnalisme. Moi, je commence une carrière, je fais des erreurs à l’inverse de Monsieur Poulat qui lui a un passé d’arbitre qui justifie, apparemment, son honnêteté et ses compétences ».
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La légende parisienne dit que chaque joueur quittant le PSG finit par marquer un but contre eux alors qu’il évolue avec ses nouvelles couleurs (mention spéciale à Fabrice Fiorèse). Qu’un joueur quitte un club fait partie d’un contexte. Certains se quittent bons amis et lorsque le joueur se pointe sur son ancienne pelouse avec un nouveau maillot il est tout de même applaudi (Savidan à Valenciennes par exemple) mais parfois il y a une rancœur tenace. Ainsi un attaquant en manque d’efficacité pourra être raillé et sifflé par son propre public, entraînant un mal-être le poussant à quitter le club. Parfois les supporters n’encaissent pas le transfert en lui-même (passage vers un club rival) où les déclarations qui l’accompagnent (Fiorèse, la prison, le PSG, toussa). Du coup, lorsqu’il se pointe avec son nouveau maillot, le joueur est hué, conspué, et ce n’est rien comparé aux noms d’oiseau qui jaillissent sur les réseaux sociaux à son sujet.
Toutefois, il ne nous semble pas que la relation de Adebayor avec le public d’Arsenal ait été si tumultueuse que cela. C’est quand même avec un gros pincement au cœur que les fans d’Arsène ont vu leur protégé partir pour les dollars qataris de Manchester City.
Les deux clubs s’affrontent le 12 septembre 2009 à Manchester. Adebayor marque. Il pulvérise ensuite son record du 100 mètres dans le seul but d’aller narguer la frange des supporters adverses … Ses anciens supporters. Une pluie d’objets divers s’abat sur lui mais il s’en fout. Il est content. Il sourit. Il sera emmené un peu plus loin par un équipier par la suite. Pour cet agissement, pour avoir giflé Alexandre Song et pour avoir joué dangereusement sur RVP, Adebayor écopera de 3 matches de suspensions.
Il évolue maintenant dans le club énnemi juré de Arsenal : Tottenham.
Fêter son but en allant chambrer les supporters adverses est de toute façon une très mauvaise idée. Ca pourrait même être qualifié d’incitation à la haine. Combien de ces supporters d’Arsenal ont eu envie de descendre sur le terrain pour aller en coller une à ce pauvre type qui vient fêter son but pour l’équipe adverse devant eux ?
Et puis franchement, marquer un but, c’est un instant unique de communion avec son public, où tout le monde est égal face à la victoire ou au moins la satisfaction d’avoir vu les filets trembler. En tout cas, c’est la distance de sécurité qui a évité Adebayor se s’en prendre une. Parfois, des imprudents réduisent cette distance de sécurité, à leurs risques et périls.
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Certaines situations sont difficiles à vivre pour un joueur de football. Prendre la responsabilité de poser le ballon sur la trace blanche à neuf mètres de la ligne pour transformer un pénalty et l'envoyer hors-stade en fait partie. C'est ce qu'il arrive à David Beckham lors de ces éliminatoires de l'Euro 2004 dans une de ces bouillantes arènes Turques. Cette situation est d'autant plus difficile à vivre pour lui que non seulement le score est de 0-0 à ce moment du match (il le restera à 0-0), mais qu'une poignée joueurs Turcs viennent se foutre de sa gueule. On peut voir le regard noir de Beckham à la quinzième seconde de cette vidéo.
Un supporter Anglais commente : "rumours are the ball is still flying......." Beckham pourra se consoler en se disant que la Turquie sera plus tard éliminée par la modeste sélection Lettonne.
Confronté à un moment difficile (presque) similaire, Ruud Van Nistelrooy réagit avec classe pour certains, provocation pour d'autres. Cette rencontre des phases qualificatives de la Coupe Du Monde 2006 où les Pays-Bas reçoivent Andorre voit ce petit truc qui fait qu'un match peut rester dans les mémoires. L'enjeu est pourtant moindre puisque malgré un groupe assez relevé, les oranges termineront largement en tête (seuls deux matches nuls face à la Macédoine les freineront) et nous connaissons tous le niveau que peut être celui d'Andorre.
Lors de cette victoire des Néerlandais, Ruud Van Nistelrooy se permet de manquer un pénalty et voit un défenseur Andorran venir le chambrer. Chacun sait qu'on ne se fout pas de la gueule d'un joueur de la trempe de RVN, et encore moins lorsqu'on est défenseur Andorran. Quelques minutes plus tard, Ruud est à la réception d'un coup-franc pour faire trembler les filets d'un plat du pied. Il récoltera sa biscotte pour la meilleure des célébrations qu'il puisse avoir sur cet énième but devant le regard incrédule de son défenseur.
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Certains personnages du football ne sont dignes que dans la victoire, n'en déplaise à tous les supporters de l'Olympique Lyonnais et de Juninho. Ce grand homme qui aurait pu inventer le fair-play s'il avait gagné chacun de ses matches et ne s'était pas rendu coupables de coups bas et de vandalisme sur porte de vestiaire des soirs de défaites.
Le « grand » Barcelone entre dans cette catégorie lors de l'ultime boucherie fin Avril 2010 face à l'Inter de Milan. Les Nerazzuris avait remporté le match aller 3-1 sur leur pelouse avant de s'incliner 1-0 au Camp Nou malgré la duperie de Mr Fair-Play Busquets. Digne dans la défaite, le club Espagnol gâche les célébrations Milanaises en étant obligé d'arroser une pelouse cruellement sèche et à la limite de l'asphyxie (à partir d'1mn37 dans la vidéo à suivre), et qui plus est uniquement la partie de terrain où se trouvent les interistes … Classieux.
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Chacun sait qu'enchaîner les biscottes (même jaunes) sur une période réduite de matches entraîne une suspension. Alors pourquoi ne pas faire en sorte de prendre un carton volontairement afin d'être suspendu pour un match inutile et être sûr de participer aux matches à enjeux importants ? Les Lyonnais l'avaient bien compris en ne se privant pas de mettre des taquets gratuits en cinquième journée de Ligue Des Champions lorsque la qualification pour les tours à élimination directe était déjà acquise. José Mourinho est bien plus subtil un soir de match face à l'Ajax :
Mourinhesque. Sur la biscotte de Xavi Alonso, on peut voir Arbeloa qui n'a rien compris venir contester et rapidement maîtrisé par Raul Albiol.
Sergio Ramos, qui n'est pas à son premier carton rouge, quitte dignement la pelouse, sourire aux lèvres en empoignant même l'arbitre.
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Bien que ce rôle soit attribué à l'arbitre, il se peut qu'un joueur décide de stopper le jeu en poussant le ballon en touche pour permettre aux soigneurs d'approcher un joueur au sol. La morale fait qu'en jouant cette touche, l'équipe adverse remette le ballon à celle qui l'a poussé en touche.
Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Et il ne faut pas se foutre de la gueule d'Anthony Réveillère.
Ils passent leur temps à se faire aligner par les attaquants
adverses, et pas toujours en finesse. Se prendre des minasses a 100km/h à 6
mètres du but, et le faire par choix … come on. Aussi certains se sont dit
« merde, j’en prends des tas chaque année, pourquoi je n’irais pas en
mettre quelques-uns ». De leur position il est évidemment difficile de
sortir sur un corner, bloquer la balle et partir balle au pied en contre (encore que vous verrez, ça arrive parfois). Leur
reste alors la solution des coups de pieds arrêtés offensifs. D’autres ont voulu jouer
les héros. Quelques secondes à jouer, un corner offensif, celui de la dernière
chance. Alors ils y vont dans l’espoir de marquer d’une tête rageuse ou encore
de laisser traîner le pied au bon endroit au bon moment. D’autres encore ne
l’ont même pas fait exprès. Mais de ces trois catégories, deux points
communs : ils sont gardiens et ont un jour eu la chance d’en claquer un,
faisant fi de la prétendue solidarité entre collègues.
Coups de pieds arrêtés :
Peut-être le moyen le plus « évident » pour
permettre à un gardien de but de marquer. Depuis qu’ils ne peuvent plus se
saisir de la balle à la main lors d’une passe en retrait, il convient pour eux d’avoir
un bon jeu au pied. Il n’est donc pas surprenant d’en voir certains exporter
leurs qualités de l’autre côté du terrain, pour tirer les coups francs
dangereux ou les penalties. Certains ont eu cette lubie favorisée par le
déroulement favorable du match, comme Jens Lehmann un soir de match contre
Saint Marin et désirant tirer le penalty pouvant offrir un 13e but à
la NationalMannschaft, puis finalement dissuadé par ses adversaires criant au
fair-play. D’autres sont réellement spécialistes de cet exercice car même si ça
paraît con, tirer des coups de pied arrêtés (même les penalties) est une affaire de spécialiste.
Rogerio Ceni :
Le patron des gardiens-buteurs, c’est lui. Son nom ne sonne
de cloche que chez les connaisseurs du football, mais Rogerio Ceni est bien le
gardien le plus prolifique face à la cage adverse dans l’histoire du football.
Dans sa longue carrière (il est passé pro en 1992 enchaînant de prime abord les
saisons en tant que 3e puis 2e gardien de Sao Paolo) il
est parvenu à inscrire (sur penalties et coups francs) plus de 100 buts, tous
pour le même club : Sao Paolo. Car Rogerio Ceni est l’homme d’un seul
club. Pourtant les propositions pour s’exporter en Europe n’ont pas manqué. La
plus marquant en 1998 lorsque l’Inter de Milan s’intéresse de très près à lui.
Partir en Italie lui aurait certainement donné le bagage nécéssaire pour
prétendre à s’installer durablement dans les cages de la Seleçao. Barré par
Dida d’abord puis par Julio Cesar, il ne compte que 17 sélections bien qu’il
fût retenu dans le groupe pour les
coupes du monde 2002 et 2006. En tant que 3e gardien, il est donc
aussi Champion du Monde.
Rogerio Ceni c’est une patte droite fantastique capable de
glisser amoureusement le ballon dans toutes les louffes brésiliennes. On
parlerait peut-être de « coup franc à la Rogerio Ceni » si on avait
pas déjà Platini pour ça (voir article précédent). Mais tirer les coups francs
et les penalties n’étaient « qu’une » valeur ajouté à ce gardien qui
aurait de toute façon fait carrière sans cela. Un excellent jeu au pied (sans
déconner), une bonne présence dans les airs grâce à son presque mètre 90, de
bons réflexes … Lorsque l’Inter est venu pointer son nez en 1998 c’était pour
ses talents de gardien et non de tireur. Toutefois, entre 2005 et 2007 il
inscrivit le total hallucinant de 47 buts.
Unanimement reconnu, il a gagné un grand nombre de
récompenses individuelles et collectives. 3 titres de champion du Brésil, 3
titres de l’état de Sao Paolo, deux Libertadores, une coupe Intercontinentale
et autres titres moins connus par nos frontières (la Recopa Sudamericana, la
Copa Conbemol …). A titre individuel il a remporté 6 fois le titre de meilleur
gardien du championnat brésilien, un titre de meilleur joueur du championnat
brésilien, une fois meilleur joueur de la Libertadores, un titre de meilleur
joueur de la coupe du monde des Clubs, deux fois footballeur brésilien de l’année
et même un nomination au ballon d’or.
Lors du camp d’entraînement pré coupe du monde 2006, avec la Seleçao, la
légende dit qu’il aligna 5 ballons sur les 16,50 mètres en déclarant qu’il
allait tous les envoyer sur la barre … Avant de tenir parole. Ce bruit a couru
dans la presse mais malheureusement aucune image ne vient étayer cela.
La vidéo est longue mais voici l’intégralité des buts de
Rogerio Ceni :
Hans-Jörg Butt:
Hans-Jörg Butt se fait découvrir en
marquant son premier penalty dans l'anti-chambre de la Bundesliga en 1996.
C'est l'année suivante, qu'il rejoint Hambourg et l'élite où ses aptitudes aux
coups de pied arrêtés feront même de lui le co-meilleur buteur de son club lors
de la saison 1999-2000 avec neuf réalisations. Il s'épanouit ensuite au Bayer
Leverkusen où après cinq saisons au top il est progressivement éclipsé par René
Adler. Il part alors effectuer une pige peu convaincante au Benfica Lisbonne
(seul club pour lequel il n'a pas fait trembler les filets) avant de prétendre
remplacer Oliver Kahn dans les cages Munichoises.
Lors de la saison 2003-2004, il transforme un
énième penalty face à Schalke04. Congratulé par ses coéquipiers, il remonte
doucement vers ses cages sans se rendre compte que le jeu a repris.
Un partout, balle au centre.
Butt est auteur de 26 réalisations en première division Allemande, une en Coupe
D'Allemagne et Trois en coupes d'Europe. Il signe un triplé en 2010
(Championnat-Coupe-Super Coupe), il est à l'instar de Mickaël Ballack
(forcément, ils jouaient dans le même club) assez poissard lors de la saison
2002 : Finaliste de la Ligue Des Champions, finaliste de le Coupe D'Allemagne,
vice-champion d'Allemagne et malheureux finaliste (remplaçant) de la Coupe Du
Monde. Il sera à nouveau finaliste de la Ligue Des Champions en 2010.
José Luis Chilavert :
Rogerio Ceni, Rene Higuita (on y revient après) et José Luis Chilavert. A
croire que marquer des coups francs en étant gardien est une spécialité
sud-américaine (les européens Butt et Ivankov ne tiraient que les penalties).
Avant d’être la propriété de Rogerio Ceni, le record du plus grand nombre de
buts inscrits par un gardien professionnel était la propriété du paraguayen
Chilavert. A la différence du brésilien toutefois, Chila (son surnom) a
également marqué pour son équipe nationale. Parmi les 8 buts inscrits pour la
Guarani, 4 l’ont été lors de la campagne pour le mondial 2002 (2e
participation de l’équipe à la phase finale).
Chilavert est longtemps resté le joueur emblématique du Velez Sarsfield. Il
a grandement participé à l’essor du club et à lui construire un début de
notoriété en Europe. Avec Chila dans les buts, le Velez remporte 4 championnats
(sur les 8 remportés par le club), la seule Libertadores de son palmarès et la
coupe Intercontinentale.
La France l’a découvert à l’occasion de la coupe du monde 1998. Capitaine
de sa sélection, Chilavert révèle les siens au monde en se hissant en 1/8e
de finale, sortant d’un groupe relevé avec l’Espagne, le Nigéria et la Bulgarie
avant de buter contre la France après un but en or de Laurent Blanc. Digne dans
la défaite, Chilavert releva un par un ses coéquipiers déconfits et pleurant
sur l’herbe de Bollaert.
Il participa également au mondial 2002. Malheureusement il n’eut pas l’occasion
d’inscrire un but lors de ces deux mondiaux, ne devenant pas ainsi le seul
gardien buteur en Coupe du Monde. Il est néanmoins le premier gardien de but au
monde à avoir inscrit un hat-trick (contre Ferro Carril Oeste en 1999).
Avant d’acquérir sa renommée en Argentine à Sarsfield,
Chilavert évolua pour le Sportivo Luqueno, le Club Guarani (champion du
Paraguay 1984), San Lorenzo, le Real Saragosse (ou il inscrivit un but) puis,
après le Velez, à Strasbourg (coupe de France 2001) où les supporters se
souviennent surtout d’un gardien avec 30 kilos de trop, et au Penarol (champion
d’Uruguay 2003) avant un ultime passage au Velez.
C’était également un personnage hors du terrain ou il
se révéla être un amateur de déclarations provocatrices sur des sujets aussi
large que le football, la politique de son pays et la place des femmes dans la
société. Il connut également une suspension après avoir craché sur Roberto
Carlos.
Ceci dit, une grande majorité de suiveurs se
souviennent de lui pour ses coups francs.
Exemples :
Il existe d’autres exemples de gardiens spécialistes
des frappes arrêtées. Rene Higuita notamment (plus de 40 buts en pro) dont les
tirs de coups francs et penalties ont beaucoup joué dans sa réputation de
gardien fou (El Loco était son surnom). Ses buts les plus marquants eurent lieu
lors d’une confrontation contre River Plate. Alors que son club a besoin d’un
but pour arracher la prolongation, Higuita l’inscrit d’un coup franc
magnifique. Lors de la prolongation, il inscrit le penalty victorieux pour son
équipe. Classe patron.
En Europe, seuls Butt dont nous avons déjà parlé et
Dimitar Ivankov se sont affirmés comme des spécialistes (mais uniquement des
penalties). Le bulgare compte une bonne trentaine de buts en pro pour le Levski
Sofia, Kayserispor et Bursaspor.
Les joueurs que nous avons vu là sont (ou étaient)
vraiment des spécialistes de l’exercice. Il arrive ponctuellement qu’un gardien
se décide à aller en tirer quelques-uns. Bernard Lama inscrivit ainsi deux buts
dans le championnat de France par exemple.
Toutefois, sortir de sa cage pour tenter de tirer un
coup franc est vraiment un apanage de spécialistes :
Les héros :
Probablement le rêve que caressent tous les gardiens du
monde. Leur héroïsme est reconnu parfois à l’occasion d’une séance de tirs aux
but où ils sauvent la mise pour leur équipe (mention spéciale à Helmut Dukadam)
mais être un héros de l’autre côté du terrain … Monter pour le dernier corner,
placer un coup de boule rageur ou laisser traîner son pied au bon endroit … Et connaître
la joie du buteur. Il est difficile de parler de « spécialité » pour
ceux qui marquent de cette façon, mais parfois ça arrive, et de temps en temps,
c’est vraiment marquant.
Peter Schmeichel :
Certains ne sont pas
spécialistes des coups de pied arrêtés. Certains ne profitent pas de
l'assistance d'un vent violent pour la mettre au fond. Il s'agit de héros qui
font basculer une rencontre à suspense, le gardien qui joue le tout pour le tout
en montant dans la surface pour placer sa tête sur un ultime corner ou
coup-franc. Peter Schmeichel était un de ceux-là, parfois au grand bonheur de
Sir Alex.
Variante de la tête, la
version acrobatique montrant toute la technique qu'aurait pu avoir Peter
Schmeichel s'il avait été attaquant. Peter
Schmeichel monte tellement aux avant-postes qu’il en finit hors-jeu.
En plus d'être ce garçon assez
excentrique (il n'hésite pas à taper la roue un soir de victoire en finale de
Ligue Des Champions), Peter Schmeichel était un gardien très brillant considéré
encore aujourd'hui comme le meilleur gardien de l'histoire de Manchester United
par ses fans, bien qu'ayant terminé sa carrière chez l'ennemi City.
United ne l’a d’ailleurs jamais vraiment remplacé (Massimo Taibi rules).
En plus d'être gardien buteur en club, il est également un
des rares à l'avoir fait en équipe nationale. Pour sa 129ème et dernière
sélection, il transforme un pénalty que ses coéquipiers le laissent tirer en
échange des services rendus, notamment la victoire à l'Euro 1992, à la surprise générale
puisque que le Danemark ne devait sa participation qu'au forfait de la
Yougoslavie alors en proie à la guerre. Il est le record man des sélections au
Danemark. Peter Schmeichel a
inscrit 10 buts en carrière.
Gregory
Wimbée :
Il
aurait pu rester un gardien anonyme de L1. Pas mauvais mais pas une brute non
plus. On se serait souvenu de lui comme d’un gardien correct auteur d’une
longue carrière au palmarès quasi-vierge (As Nancy, Charleville, Cannes, Lille,
Metz, Grenoble, Valenciennes). Seulement voilà, Gregory Wimbée possède quelque
chose d’unique dans le championnat de France de L1. Il appartient à ce groupe
de gardiens héros d’un soir. Un soir de novembre 1996
alors que son équipe Nancéenne est menée 1-0 à Marcel Picot contre Lens, il
monte sur l'ultime corner dans l’espoir de profiter de sa grande taille pour
mettre la tête. Le corner est bien tiré. Le grand Gregory est au point de chute
mais sa tête est complètement dévissée. Pas grave, le centreur récupère et l’envoie
une nouvelle fois dans le paquet. S’en suit un cafouillage à la suite duquel
Wimbée frappe du droit en pivot. La balle est déviée et rentre. Gregory court
sur le terrain comme s’il venait de gagner la Coupe du Monde. Il est à ce jour
le seul gardien à avoir marqué un but dans le jeu (les penalties ne comptent
donc pas) en championnat de France.
Malgré ce point chèrement
acquis, Nancy sera dans la charrette à la fin de la saison et descendra en
Division 2, c’était bien la peine …
Comme Wimbee ou
Schmeichel, d’autres ont eu la chance de faire fructifier l’ultime corner pour
leur équipe. Et parfois même dans des situations à bien plus d’enjeu qu’un
simple match de championnat.
Lors de la Ligue des
Champions 2009-2010, le Standard a besoin d’un point contre Alkmaar pour
terminer 3eme de poule et jouer la Ligue Europa au printemps. Dans les
dernières secondes, alors que les hollandais mènent 1-0, le gardien belgo-turc
vient apporter le surnombre dans la surface adverse pour le dernier coup franc
du match. Il inscrit le but égalisateur et qualificatif d’une tête puissante
avant de courir en criant sa joie sur toute la longueur du terrain, pulvérisant
ainsi son propre record du 100 mètres. Sinan Bolat fût également un héros après
avoir stoppé un penalty décisif pour l’attribution du titre de champion de Belgique
contre Gand, à la 91e minute de jeu.
Andres Palop est dans un cas similaire. Alors que son équipe
de Séville a besoin d’un but contre Donetsk pour arracher une prolongation en Ligue
Europa, il monte sur l’ultime corner. Il place une tête sans sauter qui trompe
son adversaire. Séville arrache la prolongation puis la qualification et Palop
gagnera plus tard la compétition avec son équipe. Plus décisif que ça …
Ce but fût, dit-on, par la suite générateur de tension dans
l’effectif sévillan après que le gardien aurait proprement chambré l’attaquant Javier
Chevanton en lui disant que désormais, il (le gardien) a inscrit plus de
buts que lui (l’attaquant).
Par hasard :
Ils ne le font pas exprès. Un coup de vent, un rebond
favorable, un mauvais placement du collègue adverse et voilà qu’ils deviennent
buteur sans l’avoir réellement cherché. Si c’est une sorte de consécration pour
eux, ces images font généralement le tour des bêtisiers et ridiculisent souvent
le portier adverse. Nous nous arrêtons sur le cas Tim Howard, récent buteur en
championnat d’Angleterre.
Après sept saisons convaincantes en
Major League Soccer, Tim Howard rejoint en 2003 Manchester United et le
championnat Anglais qu'il n'a toujours pas quitté aujourd'hui. Malgré la
concurrence de Fabien Barthez, il se taille (par intermittence) une place de
titulaire chez les Reds Devils jusqu'à l'arrivée du grand Edwin Van Der Sar. Il
part ensuite à Everton où il fait désormais partie des murs. Au début de cette
année 2012, à la faveur d'un vent violent, il devient le quatrième gardien de
Premier League à planter son but. Il ouvre le score dans ce match d'un dégagement
de sa surface et profite de ce vent violent et de la position avancée du
gardien adverse.
A noter que par solidarité pour son adversaire, Tim Howard
ne célèbre pas son but, ce qui montre une certaine preuve de fair-play.
Il encaisse ensuite deux buts laissant les trois
points à Everton. Malgré des bourdes
récurrentes, Tim Howard a reçu plusieurs distinctions tout au long de sa
carrière. Tim Howard est également atteint du syndrome de la Tourette, ce qui n’a
absolument rien à voir. L’Américain n'est
pas le seul à qui ce bonheur a pu arriver. Comme à ce gardien Malaisien.
Si comme dans le cas de Tim Howard ainsi que
quelques autres, le vent peut apporter de bonnes surprises, ce n'est pas
systématiquement le cas.
Cas particulier :
Le cas Jorge Campos est à part dans le cercle restreint de
ces gardiens buteurs. Si en France on se souvient surtout d’un gardien aux
tenues bariolées, compensant sa petite taille par une détente et des réflexes
exceptionnels, au Mexique, les gens n’oublient pas qu’il débuta sa carrière
comme attaquant. Lors de la saison 89-90, frustré de sa position de gardien
numéro 2, il demanda à son coach, Adolfo Rios, d’être utilisé en tant
qu’attaquant. Il parvint à inscrire 14 buts lors cette saison, assez loin tout
de même du pichichi local Jorge Comas (26 buts).
Plus tard, après avoir acquis une place de gardien numéro 1,
il n’était pas rare que son entraîneur de l’époque au club mexicain de Pumas
fasse entrer le gardien remplaçant pour mettre Campos sur le front de l’attaque
lorsque l’équipe était menée. Entre les saisons 89-90 et 95-96 (7 saisons
pleines) pour les clubs de Pumas et Atlante, il réussit à marquer au moins un
but chaque année. Il terminera sa carrière en club avec plus de trente buts
inscrits, total respectable pour un gardien de but.
De plus Jorge Campos était un gardien renommé, classé 3e
meilleur gardien au monde pour l’année 1993. Il compte 130 sélections en équipe
du Mexique où il ne parvint malheureusement pas à inscrire le moindre but (ce
qui n’était pas son rôle, je vous l’accorde).
En attaque il était un joueur vif avec une bonne technique,
capable de gestes incroyables comme cette bicyclette avec son club d’Atlante. Il
reste l’un des meilleurs gardiens-buteur de l’histoire du football.
Mais rendons également grâce à ses qualités de gardien.
Alors certes, la reconversion de Campos est étonnante, pour
ne pas dire unique. D’ailleurs si certains lecteurs ont d’autres exemples d’un
joueur ayant débuté en pro comme attaquant avant de devenir gardien, lâchez des
noms, ça peut nous intéresser pour un prochain article.
Pourtant il n’est pas
étonnant de voir des gardiens avec une technique balle au pied supérieure à la
moyenne. Après tout, ils passent leur journée à observer les attaquants
adverses et il est vraisemblable qu’à force d’observation, ils puissent
acquérir une certaine vista qui ferait des ravages face au but. De plus, le
football moderne demande aux gardiens d’avoir un bon jeu au pied. Certains sont
même unanimement reconnus pour cela comme l’ancien gardien de Manchester United
Edwin Van Der Sar (qui faisait dans la sobriété, je vous l’accorde). Aussi, les
images montrant un gardien capable de se débarrasser du pressing adverse par un
dribble couillu se multiplient. Pascal Olmeta était capable de sortir balle au
pied à plus de 50 mètres de son but, d’éliminer un ou plusieurs joueurs avant
d’orienter correctement le jeu. Ce genre de montées rageuses (comme peuvent
faire les défenseurs centraux) furent beaucoup pour son immense renommée du
côté de Gerland. Je ne suis néanmoins pas bien sûr que ses entraîneurs
appréciaient réellement cela.
Un exemple de Joga Bonito au Mexique :
Attention toutefois à ne pas trop faire le kéké, au risque
de se brûler les ailes et condamner
stupidement son équipe.
Oliver Kahn :
Oliver Kahn est l'un des plus
brillants gardiens que nous ayons pu connaître. Il effectue ses sept premières
piges dans les cages du club de sa ville de naissance Kalsruhe où il ne
remportera pas la moindre distinction. Il rejoint ensuite le Bayern du Munich
où il glanera pas moins de 23 titres dont la reine Ligue Des Champions en 2001
plus un titre de champion d'Europe Des Nations (sans jouer) en 1996 ainsi que
23 distinctions personnelles. Il fait partie des cinq seuls gardiens de but
ayant été sur le podium du Ballon D'Or et ce deux années consécutives.
Le 3 Mars 2001 alors que son équipe est menée
3-2 à Rostock, à la faveur d'un dernier corner pour arracher le point du match
nul, Oliver Kahn prend le risque d'aller apporter le surnombre dans la surface
adverse. La vidéo est de piètre qualité. On ne voit rien
à vitesse réelle, mais le ralenti est flagrant.
Il récoltera naturellement sa
biscotte pour cela. Il en plaisantera plus tard, disant qu'il pensait que
« le gardien de but peut jouer le ballon dans la surface de réparation
avec sa main ». Au début de sa carrière, lors d'une réception
permettant la récolte de fonds pour une œuvre de charité, Kahn lança le défi
que pour chaque tir au but marqué par les invités (sous-entendu avec lui entre
les poteaux), il donnerait de sa poche 500 Deutsche Mark. Nous savons juste de
cette anecdote que très peu d'argent fut versé.
On termine par une petite compilation de gardiens
buteurs. Avec en prime à 1.22 minutes le gardien qui pète un plomb en se disant
« allez tous vous faire foutre, je vais marquer mon but ».
Sans
eux, le foot serait terne. Il ne serait que succession de gestes
pré-établis, contrôle, passe du plat du pied, crochet intérieur ou
extérieur … Eux ce sont ceux qui ont eu le génie, la classe et parfois
les couilles d’inventer des choses avec un ballon et de les appliquer en
match. Qu’ils concernent une façon de tirer un penalty, un dribble ou
parfois même une erreur grotesque, certains ont même eu le privilège de
donner leur nom à ce qu’ils ont inventé. Et pour certains d’entre eux,
on en parle encore 30 ans plus tard.
Cuauthémoc Blanco : la Cuauthémoc
Lors
de l’été 1998 , la France du football est en ébullition grâce à la
Coupe du Monde jouée sur ses terres. Mais avant que nos bleus ne
soulèvent le précieux trophée, le mexicain Cuauhtémoc Blanco se signale
par un geste technique ahurissant. D’abord nommé « coup du crapaud » par
les médias, ce geste consiste à bloquer la balle entre ses deux pieds,
puis sauter avec elle entre deux adversaires afin de les éliminer. Bien
qu’il ait pu le réaliser auparavant dans le championnat mexicain dans
lequel il évoluait, ce geste trouve une audience mondiale à la faveur du
premier match de poule du Tri contre la Corée du Sud. Ce geste fût
renommé par la suite par le prénom de son auteur, sorte de consécration
ultime.
Cuauhtémoc
Blanco a effectué l’essentiel de sa carrière dans la zone Concacaf, au
Mexique pour cinq clubs différents et pour les Chicago Fire. Il a
effectué un court passage au Real Valladolid au début du siècle. Passage
malheureusement tronqué par une fracture de la jambe contractée avec
son équipe nationale. A 37 ans, il fût appelé par Javier Aguirre pour
disputer la coupe du monde 2010, où il parvint en 1/8e de finale
(élimination contre l’Argentine). Si ce joueur a acquis une petite renommée en Europe, nul doute que son geste technique improbable y est pour beaucoup.
Rene Higuita : le coup du Scorpion
En
septembre 1995, la Colombie est à Wembley pour jouer un match amical
contre l’Angleterre. Sur un centre tir raté et anodin de Jamie Redknapp
plein axe, René prend ses appuis puis saute en ramenant ses talons vers
le haut, le corps étant pratiquement à l’horizontale, pour qu’ils
entrent en contact avec la balle. La position bizarre décrite par le
corps du gardien vaudra à cet « arrêt » le nom de « coup du scorpion ». Il
paraît évident que le contexte (un match amical dans un des plus beaux
stades au monde) a favorisé la réalisation de ce geste qui révèle plus
de la folie d’un showman que d’une réelle utilité tactique. Néanmoins
cette image a fait le tour du monde et la réaction du gardien après la
réalisation de son geste montre bien que finalement ce n’était « que
pour le show ». René
Higuita était le gardien de la sélection colombienne lors des années
90. Il était facilement reconnaissable par ses longs cheveux noirs
ondulés. Il était connu pour ses prises de risques parfois inconsidérés,
la plus notable d’entre elle ayant eu lieu en 1/8e de finale de la
coupe du monde 1990 où, balle au pied à 40 mètres de ses buts, il échoua
à dribbler Roger Milla qui put inscrire le but le plus facile de sa
carrière. Il a effectué l’essentiel de sa carrière en Amérique du Sud
(Colombie, Equateur et Venezuela ou il joua alors qu’il était âgé de 41
ans) agrémentés d’un passage au Mexique (Veracruz) et en Espagne
(Valladolid). C’était un « gardien buteur » puisqu’il est parvenu à
inscrire 30 buts dans sa carrière en club et 8 en sélection colombienne.
Il connût également des problèmes de drogue (cocaïne) qui lui valurent
une suspension en 2004.
Il
entraîne désormais les gardiens dans un club du Golfe et s’est
récemment signalé en rééditant son incroyable geste à l’entraînement. La
souplesse n’est plus tellement là, mais la vista reste la même.
Variante
: Il est possible de considérer qu’il n’est pas absolument
indispensable de lever ses deux pieds pour réaliser le coup du scorpion,
ni qu’il soit strictement réservé aux gardiens de but. Aussi il est
parfois arrivé de voir des joueurs inscrire des buts en reprenant la
balle acrobatiquement du talon comme l’improbable Charles-Edouard
Coridon un soir de ligue des Champions contre Porto :
Dans
ce domaine, il faut féliciter cet impensable fail réalisé dans un
championnat asiatique : le coup du scorpion contre son camp :
Rodrigo Taddei : la Aurelio
Octobre
2006, la Roma joue contre l’Olympiakos. Après un ballon mal relancé par
la défense, Taddei récupère le ballon dans un coin de la surface. Son
adversaire face à lui, il réalise un geste technique sorti tout droit du
football de rue. Il réalise un double contact sur un pied derrière la
jambe d’appui, laissant le défenseur incrédule. A la décharge de ce
dernier il faut reconnaître qu’un tel geste (qui plus est si bien
exécuté) est tout simplement impossible à prédire. Taddei tente ensuite
une frappe qui est déviée par un autre défenseur. Concrètement
ce geste n’apporte rien de plus qu’un dribble « classique ». Mais
voilà, c’est beau, surtout exécuté avec tant de classe. Ce geste se
nomme « Aurelio » en hommage à l’entraîneur adjoint de la Roma, Aurelio
Andreazzoli, qui aurait poussé Taddei à réaliser ce genre de geste en
match.
Rodrigo
Taddei est un footballeur brésilien (possédant également la nationalité
italienne) n’ayant connu que trois clubs dans sa carrière : Palmeiras,
Sienne et la Roma depuis 2005. Il n’a jamais été sélectionné avec la
Seleçao et peut désormais prétendre à la sélection Italienne après 5 ans
passé au pays. La Aurelio montre clairement que Taddei possède une
technique hors du commun. Nous autres français avons pu nous en rendre
compte lorsque sur un geste similaire (double contact sur un pied et de
la semelle) il avait fait l’amour par devant, par derrière, sur les
côtés, à cheval et en voiture à Abidal, un soir ou Mancini (le
brésilien) avait rappelé à tout le monde que les passements de jambe
n’étaient pas passés de mode.
Kerlon : la foquinha
La
foquiha est un dribble bien particulier et assez incongru à voir sur un
terrain de football. Il a été inventé par le jeune ex-prodige Kerlon,
alors qu’il jouait pour le Cruzeiro. La foquinha consiste à se lever le
ballon, faire des jongles avec la tête et avancer, d’où son nom
(foquinha semble signifier « otarie » en portugais, mais je n’ai pas non
plus un gros niveau). Outre son aspect spectaculaire, le fait de
maintenir le ballon en suspension sur la tête rend l’intervention du
défenseur particulièrement délicate. Difficile en effet de subtiliser la
balle sans faire faute sur l’attaquant. D’ailleurs certains défenseurs
ne se sont pas gênés pour découper Kerlon lorsqu’il commençait son
fameux dribble.
Comme
on peut le voir sur la vidéo, ces messieurs les défenseurs ont tendance
à considérer ce dribble comme une insulte. Ainsi le défenseur Luiz
Alberto annonce : S'il tente ça face à moi, je le démonte. J'utilise des
coups de capoeira s'il le faut. Ce dribble est une insulte aux joueurs
qui sont en face. Plus modéré mais avec un message similaire, Eduardo
Costa : C'est vrai que c'est joli pour les spectateurs, ceux qui sont
devant leur télé... Mais dans un match chaud comme celui-là, face à un
adversaire qui est en train de perdre, c'est déjà plus compliqué.
Néanmoins,
Kerlon a reçu le soutien personnel du Roi Pelé, l’encourageant à tenter
encore et encore ce genre de dribble. Bon sur le terrain, le soutien de
Pelé, on s’en cogne un peu, mais c’est déjà pas mal. Après
avoir joué quelques saisons à Cruzeiro, Kerlon est recruté par l’Inter
qui le prête ensuite successivement au Chievo (une saison, 4 matches), à
l’Ajax (équipe réserve), à Parana (3 apparitions) puis au National NS.
Alors qu’il était annoncé comme une future star après avoir brillé lors
de la Copa America U17, Kerlon n’a jamais été en mesure de confirmer ce
statut. Comme quoi, il ne suffit pas que de savoir enquiller quelques
jongles de la tête pour faire carrière.
Koji Nakata : la Nakatade Les
entraîneurs de débutants ou poussins essayent de l’apprendre à tous les
petits footballeurs en herbe. Il est très important de savoir jouer
tête haute. Pouvoir conduire la balle, la donner et frapper sans
regarder afin d’avoir une bonne vision du jeu. Ce jour-là, Koji Nakata
était probablement absent. La Nakatade n’a de renommée qu’en France
puisqu’elle a été effectuée pour la première (et unique) fois en L1 dans
un match entre Marseille et Saint-Etienne. Nakata reçoit la balle, la
contrôle, lève la tête et essaye de faire une passe … Il s’agit là d’un
exemple de geste technique « péjoratif » dans le sens où il n’a pour but
que de se moquer d’un joueur qui a eu un moment d’absence (cf
Arconada).
Les
esprits chafouin pourront dire que tout ça était fait exprès, qu’il ne
s’agit en fait que d’une feinte … L’instant où il découvre que la balle
est en fait derrière lui vaut tout l’or du monde. Un moment WTF comme
nous offre parfois le football. En
dehors de cette relative renommée dans nos frontières, Nakata compte
malgré tout 57 sélections en équipe nationale du Japon et une petite
carrière en Europe. Une saison à Marseille, trois à Bâle (ou il disputa
tout de même 62 matches) avant de revenir dans le club de ses débuts :
le Kashima Antlers. A noter qu’il fût au centre d’une polémique
lorsqu’il inscrivit délibérément de la main un but contre la Chine lors
de la coupe d’Asie 2004. Cà
et là on peut voir des joueurs tenter de s’approprier ce fameux geste
technique. Mention spéciale à ce gardien de but inconnu, et qui gagne
tout à le rester :
Antonin Panenka : la Panenka
Le
20 Juin 1976 se dispute la finale de la Coupe d'Europe des Nations,
l'ancien Euro. Pour la première fois dans une compétition
internationale, le titre sera remis au vainqueur de la cruelle séance
des tirs au but. Alors que Uli Hoeness manque la quatrième tentative
Ouest-Allemande, le moustachu Antonin Panenka se présente face à Sepp
Maier avec la balle de champion d'Europe au bout du pied. Prenant une
course d'élan de près de dix mètres, et alors que le gardien a choisi de
plonger côté gauche, il relâche brusquement son pied au moment de
toucher son ballon qui tombe comme une feuille morte au milieu de la
cage sous le regard impuissant du Katze Von Anzig. Dans toute sa
carrière, Antonin Panenka a marqué 46 penalties sur....46 tentés.
Ce
geste (que Panenka avait déjà pratiqué en club, mais assez peu connu
jusque cette année 76 en raison des frontières en béton entre la
Tchécoslovaquie et le monde Occidental) est tout d'abord appelé
« penalty à la Tchèque » avant d'entrer progressivement dans le jargon
footballistique en tant que « Panenka ». En dehors de ce geste notoire,
Panenka passa l’essentiel de sa carrière à Prague, aux Bohemians. Il fit
ensuite 4 ans en fin de carrière au Rapid Vienne avant de jouer
(toujours en Autriche) pour des clubs de division inférieure. Plus tard,
il devint président des Bohemians. La
Panenka trouve ses fans (Totti, Belhanda) qui en usent et en abusent.
Elle démontre un panache certain (sauf si l'équipe du tireur mène 4-0
dans le temps additionnel) pour celui qui la tente dans une rencontre
importante (Abreu, Zizou face à son ancien coéquipier Gianluigi). Elle
trouve aussi ses détracteurs. En effet, elle est considérée par beaucoup
comme une humiliation, un manque de respect envers le gardien et
l'équipe adverse. Dans le même temps, une tentative vaine de Panenka
fait connaître une humiliation certaine au tireur. Celle de Cantona
alors en prêt à Bordeaux stoppe sa course dans une flaque de boue,
Jean-Claude Darcheville en place même une au-dessus de la barre, ou
encore la célèbre Landrenka dont l'investigateur dira que « Sur les
80.000 personnes qui étaient au Stade De France seul Richert a imaginé
que je pouvais tenter une Panenka ». Coupet, lui, l'aurait mise.
Ronaldinho : L’espaldinha
Pas
sûr qu’il en soit réellement l’inventeur de celle-là, mais il a au
moins eu le mérite de l’utiliser en match. L’espaldinha désigne le fait
de reprendre une balle en l’air avec le dos afin de la dévier pour un
partenaire. Il convient d’adopter une attitude nonchalante envers le
ballon pour donner l’impression qu’il tombe l’air de rien sur le dos du
joueur concerné. Sa paternité pourrait être contestée par Hubert
Fournier qui réalisa un jour ce geste inattendu débouchant sur une passe
décisive pour l’attaquant adverse (et puis c’est l’occasion de parler
un peu de Hubert Fournier, c’est déjà ça de pris).
Cristiano Ronaldo a récemment remis ce geste au goût du jour :
Il
n’est pas réellement besoin de présenter Ronaldinho. Ballon d’or, une
technique hors norme (nous avons retenu l’espaldinha mais on aurait
aussi pu parler du flip-flap), un génie du football qui aura gâché une
partie de sa carrière pour un goût un peu trop prononcé pour la fête.
N’empêche je suis convaincu que dans 50 ans, on parlera encore de lui en
disant « tu te souviens de Ronnie ? » et ça, ça classe un bonhomme.
Redondo : La talonnade-grand-pont-dans-la-course
Difficile
de lui donner un nom à celle-là. En tout cas il paraît que les grands
joueurs font de grandes choses dans les grands matches. Et ce soir-là
tout était parfait. Le théâtre des rêves comme écrin, la ligue des
Champions pour compétition et un match à enjeu. Fernando Redondo déborde
sur l’aile gauche. Il est face à Denis Irwin. Le reste se perd dans le
génie de l’élégant argentin qui frappe la balle du talon gauche vers
l’avant et réalise le grand pont sur son malheureux adversaire. Derrière
il a un boulevard pour avancer et délivrer un caviar d’une qualité
incroyable pour Raul. Je tenais à faire figurer ce geste car il s’agit
là incontestablement d’un des gestes les plus classes jamais vus sur un
terrain de football.
La
carrière de Fernando Redondo fût malheureusement un peu gâchée par des
soucis récurrents aux genoux, l’empêchant de donner la pleine mesure de
ses moyens. Il a joué pour Argentinos Junior, Tenerife, le Real et le
Milan AC. Il fût également international argentin. Il fût au centre
d’une polémique avec Daniel Passarella (alors sélectionneur) en 1998. Ce
dernier avait intimé l’ordre à ses joueurs de ne pas avoir de cheveux
longs. Redondo refusant de couper sa crinière fût alors puni en étant
condamné à regarder le Mondial à la télévision. Aujourd’hui, le souvenir
de lui comme étant un joueur plein de classe perdure et nombreux sont
ceux à le citer comme source d’inspiration.
Diego Maradona : la Main de Dieu. 1986,
¼ de finale de coupe du Monde. L’Argentine et l’Angleterre s’affrontent
dans un contexte rendu tendu par la guerre des Malouines. A la 51e
minute alors que le score est toujours de 0-0, Maradona joue un
une-deux. La balle lui est remise en hauteur et Diego va au duel avec
Peter Shilton, le gardien anglais. Pour compenser sa petite taille,
Maradona utilise la technique dite du Shoryuken pour devancer le gardien
anglais. Frappé de la main, la balle entre dans le but et tout le monde
dans le stade semble avoir remarqué la filouterie de l’argentin … sauf
l’arbitre tunisien, Mr Bennaceur qui valide le but au grand dam de toute
l’Albion. Cette décision arbitrale est à l’origine de l’une des plus
fameuses assertions de Thierry Roland : "Mais comment a-t-on pu confier l'arbitrage d'un quart de finale de Coupe du monde à un arbitre tunisien"
Ce
geste est resté dans l’histoire après que Maradona himself l’ait
qualifié de « Main de Dieu » en conférence de presse après le match.
Cette expression est depuis reprise par les médias où les joueurs dès
lors qu’une action impliquant une main, flouant l’arbitre et
l’adversaire, se produit. Ainsi
l’équipe titra « La Main de Dieu » après la qualification de l’équipe
de France pour la coupe du Monde 2010 après que Thierry Henry ait
contrôlé la balle de la main pour offrir le but de la qualification.
A
noter que cette expression peut également concerner les gestes
« défensifs ». Ainsi Luis Suarez l’utilisa pour décrire son action lors
du ¼ de finale de coupe du monde Uruguay – Ghana, où il réalisa
littéralement un arrêt de gardien pour empêcher le ballon d’entrer en
toute fin de match. Cette main a également été désignée par certains
médias de « Main du Diable ».
Diego
(qu’il n’est pas besoin de présenter) se rattrapa lors du même match en
marquant un des buts les plus fameux de l’histoire des coupes du Monde.
Malgré tout, le mal était fait.
Luis Miguel Arconada – L’Arconada
Luis
Miguel Arconada était le gardien de la sélection espagnole au moment de
l’Euro 1984 en France. A l’issue d’un bon parcours, l’Espagne se
qualifie en finale pour y affronter le pays hôte. Il entre alors
dans la légende en inventant un geste technique pour toujours dans la
postérité. Le soir là, quelques minutes après avoir serré la main de
Michel Platini avant l'engagement, Luis Miguel se retrouve face à cet
impressionnant tireur de coup de pied arrêté. Le coup franc est bien
tiré, mais pas trop non plus, mais entre dans la niche trouée par le
fond d'Arconada. C'est but. La France est sacrée pour la première fois
dans un tournoi international.
Comme
pour la Nakatade, il s’agit là d’un geste « péjoratif », d’une erreur
notoire dont l’auteur porte probablement encore le fardeau puisque
aujourd’hui, son nom est entré dans le langage courant du football de la
plus mauvaise des façons. Désormais, on dit de chaque gardien laissant
échapper une balle sous son ventre qu’il réalise une Arconada. Il serait
toutefois injuste de résumer la carrière de ce portier à cette seule
erreur. Il fût le gardien fidèle de la Real Sociedad, son seul club
professionnel avec qui il remporta deux fois la Liga et une fois la
Coupe du Roi. Il fût également nommé meilleur gardien du championnat
espagnol trois fois de suite au début des 80’s (exploit jamais réalisé
avant et uniquement réalisé depuis par Victor Valdes) et compte 68
sélections en équipe espagnole.
Rabah Madjer : la Madjer
Si
vous demandez à un fan de foot de citer un geste technique portant le
nom de son créateur, deux noms vont sortir en priorité. La Panenka et la
Madjer. Outre le fait de partager la convention de nommage, ces deux
joueurs ont eu le mérite (pour être poli) de tenter (et de réussir) leur
geste dans un match à très fort enjeu. Pour l’Algérien du FC Porto, ce
fut en finale de la Coupe des Champions 1987. Les portugais affrontent
le Bayern. Les allemands prennent l’avantage et Porto pousse pour
revenir. Alors que le ballon traîne dans la surface, l’Algérien le
laisse passer entre ses jambes et, dos au but, le catapulte du talon
dans le but. La surface du pied utilisé pour le geste est le talon.
Néammoins on parle de Madjer dès qu’un joueur inscrit un but impliquant
une frappe ou déviation derrière la jambe d’appui. A l’instar de la
Panenka, il s’agit d’un geste régulièrement vu sur un terrain de foot et
toujours spectaculaire.
Rabah
Madjer est un footballeur algérien ayant effectué l’essentiel de sa
carrière en Europe. Après avoir quitté son pays (il jouait au NA Hussein
Dey), il évolua pour le RC Paris, FC Tours, FC Porto (deux passages),
Valence avant de finir par une pige au Qatar. Avec les Fennecs il fit
partie de la fameuse équipe de 1982, volée par les autrichiens et les
allemands qui s’allièrent dans un non-match pour éliminer les algériens.
Après sa carrière il prit en main l’équipe nationale d’Algérie à trois
reprise. En club, il fut coach du Al-Wakrah SC et de Al-Rayyan. Son geste est régulièrement repris sur tous les terrains du monde assurant au joueur un passage définitif à la postérité. Récemment, en 1/8e de finale de la présente Ligue des Champions :
Ou encore sur penalty :
Jean Pierre Papin : la Papinade
Ce
geste n’est nommé ainsi qu’en France, pays de JPP. La papinade est un
des gestes les plus spectaculaires du football. Il s’agit d’une reprise
de volée acrobatique (quoi que, pas toujours) permettant d’envoyer le
ballon dans le but. Dans mon imaginaire, la papinade implique que le
joueur soit face au ballon lorsque celui-ci vient d’une aile. Jean
Pierre Papin étant un spécialiste de ce geste, la presse française s’est
faite une joie de le nommer de cette manière.
Ce
sont des gestes que l’on peut voir régulièrement sur tous les terrains
du monde, pas toujours avec la même réussite. Il convient de faire un
distinguo entre la papinade et le retourné acrobatique ou plus
communément la bicyclette. Cette dernière s’effectue face au ballon mais
dos au but, ou avec un placement corporel parallèle au ballon si
celui-ci vient d’une aile. Marco Van Basten était un spécialiste des
bicyclettes.
JPP
est un des attaquants français les plus célèbres. Après plusieurs
titres de champion de France et de meilleur buteur du championnat avec
l’OM, il fût élu Ballon d’Or en 1991. Il connut ensuite un relatif
succès en Italie, au Milan AC avant de voir sa carrière entrer dans une
pente descendante, au Bayern Munich puis les Girondins de Bordeaux et
l’En Avant Guingamp. Il continua ensuite quelques temps dans les
championnats amateurs avant de devenir entraîneur, sans grand succès.
Michel Platini : le coup franc Platinien
Dans
le football moderne, il y a de nombreux spécialistes des coups francs.
Seulement, en France au moins, on ne parle jamais de coup franc «à la
Beckham» où «à la Van Hooijdonk» pour ne citer que deux spécialistes de
cet exercice. Dans notre contrée, le spécialiste incontesté du coup de
pied arrêté se nomme Michel Platini. Si la technique consistant à
fouetter le ballon pour lui donner une trajectoire courbe vers le but
existait déjà (Garrincha pourrait peut-être s’en attribuer la
paternité), Platini a utilisé une période où le football s’imposait de
plus en plus à la télé pour la démocratiser. Michel
Platini a inscrit un nombre incalculable de coups francs, que ce soit
pour ses clubs de Nancy, Saint-Etienne, la Juventus, mais aussi en
équipe nationale. Il fût à l’origine de nombreux succès avec chacune de
ces équipes : Coupe de France, Championnat de France, Championnat
d’Italie, Ligue des Champions, Championnat d’Europe des Nations. Michel
Platini passait énormément de temps à l’entraînement à travailler
l’exercice arrêté. Il serait toutefois injuste de résumer la carrière de
cet immense joueur que par cet aspect du jeu. Triple capocanoniere
d’affilée, meilleur buteur de l’Euro 84 (9 buts, record inégalé dans la
compétition), triple Ballon d’Or et désormais président de l’UEFA, que
ce soit dans sa carrière de joueur où après, on peut dire sans hésité
que le français a su réussir tout ce qu’il a entrepris.
Variantes :Certains
joueurs privilégient la frappe en force pour tirer les coups francs.
Parmi ceux-ci, le Portugais Cristiano Ronaldo, auteur régulier de coups
francs à la frappe très sèche, une balle tournant peu pour redescendre
brusquement vers le but, a choisi de nommer sa technique le «Tomahawk»
en référence à l’arme indienne dont le ballon partagerait la
trajectoire.
Pas
de nom «officiel» pour le suivant mais il est impossible de ne pas le
mentionner. En 1997, Roberto Carlos montre à tout le monde comment on
tire un coup franc en force. Trajectoire improbable, Fabien Barthez ne
peut que constater le travail impeccable du latéral brésilien.
On
parle aussi d'un coup franc "à la Taiwo" lorsque le tireur met toute sa
force dans le ballon et que celui-ci dépasse la 20e rangée de la
tribune située derrière le but.