Reboucher le champagne : Expression du football s'utilisant
lorsqu'une équipe croit gagner, ou au moins tenir un résultat favorable, et
puis finalement, par le fruit du hasard ou d'un mauvais placement défensif,
non. Le football est parfois cruel pour les équipes ayant à subir ce genre de
défaites. Qui ne s’est jamais ému devant ces joueurs, l’air hagard, le regard
perdu cherchant désespérément un point de repère, ces joueurs pleurant toutes
les larmes de leurs corps, à terre, tandis que leur Capitaine Courage vient les
relever un à un … Cette cruauté est inversement proportionnelle à la joie des
vainqueurs. Et plus il y a d'enjeu, plus c'est cruel. Demandez aux acteurs des
matches suivants ce qu'ils en pensent...
10. Milan AC – Lyon : 2006
L'OL est le club dominant en France depuis quelques années
et Jean-Michel Aulas, son président, claironne les ambitions de son club à qui
veut les entendre : les demi-finales de LDC. L'OL restait sur une élimination
en 1/4 l'année précédente. C'était contre le PSV Eindovhen et oui, il y avait
faute sur Nilmar. En 2006, après avoir facilement sorti le Werder Brême, l'OL
se coltine le finaliste sortant au stade des 1/4 de finale. Le match aller est
fermé et les olympiens parviennent à garder leur cage inviolée sans toutefois
parvenir à en scorer un. La donne est claire, pour se qualifier, il faut
marquer à San Siro. Diarra répond à Inzaghi en première mi-temps et puis,
pendant un long moment, plus rien. La défense de l'OL tient le choc si bien
qu'à 3 minutes de la fin du temps réglementaire, le club français tient sa
qualification. A la demande de Jean-Michel Larqué, Kaladze envoie un long
ballon dans la boîte. Abidal laisse filer le ballon pour Shevchenko. Les deux
poteaux se chargent d'offrir la passe décisive pour Inzaghi qui trainait par
là. Jean-Michel Larqué avale son micro en répétant 7 fois que Abidal
"s'est troué". L'OL poussera lors des derniers instants et François
Clerc délivre une passe décisive pour Shevchenko. 3-1, fermer le ban. L'OL
attendra quelques années avant de se qualifier pour les demies de la
compétition reine.
9 : France - Bulgarie : 1993.
Eliminatoires Wolrd Cup 1994. A deux matches du terme, voici le classement du
groupe 6 d'où seront qualifiés les deux premiers.
- France
13 pts
- Suède
11 pts
- Bulgarie
8 pts
- Autriche
6pts
- Finlande
2pts
- Israël
1pts
L'équation est simple en recevant Israël puis la Bulgarie,
la France doit battre Israël ou se contenter d'un nul face à la Bulgarie.
La France grille son premier joker en étant battu au Parc
par la faible opposition Israélienne jusqu'alors créditée d'aucune victoire en
huit matches. Déjà, deux buts dans les dix dernières minutes.
Le match de la dernière chance (à nouveau au Parc) débute
tout aussi bien que le précédent. C'est la peur au ventre que la bande à
Houiller peine à atteindre la fin de la seconde période avec le point de la
qualification. Jusqu'à la 90ème minute, jusqu'à un coup franc joué rapidement
par Ginola (alors que qualifié à ce moment du match) qui ne donne rien et qui
laisse Penev partir en contre et lancer Kostadinov qui qualifie la modeste
Bulgarie pour la World Cup d'une frappe puissante sous la barre.
C'est une catastrophe.
La Suède et la Bulgarie atteindront chacune les demi-finales
de la World Cup. Près de 20 ans plus tard, Gérard Houiller n’a toujours pas avalé
ce centre raté de Ginola et, dans son livre paru en fin d’année dernière, le
considère toujours comme « un salaud » coupable d’un « crime
contre l’équipe de France ».
8. Bayern Munich – Atletico Madrid : 1974
Alors que son voisin, le Real, en a déjà gagné 6, son rival,
l'Atletico, se qualifie pour la finale de la défunte Coupe des Clubs champions
après avoir éliminé le Celtic en 1/2. Le match est fermé et les deux équipes
atteignent la prolongation sur un score nul et vierge. A la 114e, Jose Luis
Aragones inscrit un but décisif sur un coup franc puissant. Recroquevillés sur
leur but, les espagnols subissent les vagues des assauts allemands. Dans la
dernière minute Hans-Georg Schwarzenbeck, solide défenseur du Bayern s'empare
du ballon à 35 mètres, le pousse d'un bon mètre vers l'avant et frappe sans
trop savoir pourquoi. La minasse est parfaite et se loge dans le petit filet
après un léger rebond devant le gardien. Schwarzenbeck, 21 buts en carrière (en
plus de 400 matches pro) permet à son équipe d'obtenir un re-match (les
penalties n'étant pas prévus dans le cas d'une égalité après prolongations).
Lors de cette redite, le Bayern dispose sans trembler d'une équipe de
l'Atletico fatiguée des efforts consentis deux jours plus tôt : 4-0.
- Croatie – Turquie : 2008
La Turquie est déjà un miraculé de cet élite des nations
Européennes. Battue lors de sa première rencontre, elle arrache les trois
points dans les arrêts de jeu du second match. Menée 2-0 à un quart d'heure du
terme de sa troisième et dernière confrontation alors qu'il lui faut une
victoire pour passer, elle égalise à la 87ème puis valide son ticket à la
90ème.
Ce quart de finale de l'Euro 2008 peut voir apparaître un
invité surprise en demi-finale. Les deux équipes atteignent la prolongation
après un match exceptionnellement chiant. On se dirige même vers l'arbitraire
séance des tirs au but jusqu'à une sortie hasardeuse de Rustu sur Modric qui
repique au centre sur la tête de Klasnic, ce dernier ne se privant pas de faire
enfin trembler les filets. Les joueurs Croates et toute la Croatie explosent,
Bilic traverse la pelouse, les glacières sont ouvertes...Elles ne le sont
qu'une minute.
Rakitic se rend coupable d'un « crime contre l'équipe
de Croatie » en lançant ses attaquants alors en position de hors-jeu. Sur
le coup-franc occasionné, Semih Senturk se retrouve en position de placer un
missile sol-air pleine louffe et d'aller faire taire les bouillants supporters
Croates.
Les Bleus de Croatie ne s'en remettront pas et manqueront
trois de leurs quatre tirs-au-but.
6. Chelsea – Barcelone : 2009
0-0 au Camp Nou. Guus a bétonné comme un porc et ça a
fonctionné. Au retour, une minasse d'Essien donne un avantage déterminant aux
blues. 60 minutes et un (ou deux selon son degré de fanatisme) penalty oublié
plus tard, Iniesta, bien placé à l'entrée de la surface reprend sans contrôle
une balle de Messi. Et Pan, en pleine louffe. Le commentateur espagnol ayant
vidé au bas mot une vingtaine de litres de Red Bull mélangé à du café pète
littéralement un plomb et déclare sa flamme de manière brutale, bestiale,
totale à Iniesta et d'une manière générale, au football espagnol. Un deuxième
(ou troisième, selon votre degré d'alcoolémie) penalty oublié plus tard,
l'arbitre, Tom Henning Øvrebø siffle la fin du match dans une ambiance
électrique. Didier Drogba déclare au monde que c'est "a fucking
disgrace" (une putain de honte pour nos amis non anglophones).
A noter qu'après avoir reçu des dizaines de lettres de
menaces, Tom Henning Øvrebø mettra provisoirement un terme à sa carrière
d'arbitre.
5. Manchester United – Bayern Munich : 1999
Cette finale de Ligue Des Champions oppose deux équipes
s'étant déjà rencontrées dans les poules, pour deux matches nuls. Manchester
termine deuxième de ce groupe relevé derrière Munich et devant Barcelone et se
paie le luxe d'être repêché pour les quart de finale en tant que deuxième
meilleur deuxième.
La rencontre (se déroulant d'ailleurs au Camp Nou) démarre
fort avec un coup-franc de Basler qui fait mouche dès la cinquième minute.
Malgré cet avantage, l'équipe Allemande joue le jeu en poussant toujours pour
marquer le second but. Effenberg trouve le poteau, l'élégant Carsten Janker
trouve la barre, mais rien y fait.
Sir Alex sort enfin le coaching en faisant entrer Sheringham
et le pompier de service Ole Gunnar Solskjaer. Bien lui en pris puisque dans
les arrêts de jeu, sur deux corners de la Beck l'un puis l'autre font plier le
grand Khan.
4. France – Italie : 2000
Dans l'imaginaire collectif français, c'est peut-être ce soir-là
qu'est née l'expression "reboucher le champagne". La France jouait
pour être la première nation à réussir le doublé coupe du monde + euro (dans
cet ordre parce que les allemands eux, l'avaient fait à l'envers en 72 et 74).
Cette finale fut assez tendue et l'Italie a longtemps cru tenir la victoire
grâce à un but de DelVecchio. Ils étaient beaux à voir ces italiens se tenant
par la taille ou les épaules sur le bord de la touche, prêts à bondir comme un
seul homme pour fêter le titre de champion d'Europe des nations. Seulement
voilà, au bout du bout du temps additionnel, Barthez envoie dans la boîte, Wiltord
récupère à l'angle de la surface, accélère et frappe sans avoir beaucoup
d'angle ... et ça passe. Le temps semble s'arrêter au moment où la balle
franchit assez péniblement la ligne alors que les italiens vont se rassoir sur
leur banc. En prolongation Trezegoal claque le golden goal. La France réalise
le doublé.
3. Royal Antwerp – Vitocha Sofia : 1989
Premier tour de la coupe UEFA 1989-1990. Le Vitosha Sofia
(depuis renommé "Levski") se déplace sur le terrain du Royal Antwerp.
A l'aller, 0-0. L'air de rien ce "petit" match de premier tour entre
"petites" équipes s'est fait une "petite" place dans la
légende des "grands" matches européens. Les sofiotes ouvrent la
marque rapidement. Les belges égalisent à la 83eme minute. Malheureusement pour
nos amis d'outre-Quiévrain, les bulgares en claquent deux dans les 4 minutes
qui suivent. On joue la 87e, Antwerp doit en mettre 3 pour se qualifier ...
Entre coups-bas, erreurs d'arbitrages, bras d'honneur et défense en mode
"portes ouvertes", ce match connaît un dénouement incroyable,
probablement le plus incroyable dans l'histoire des coupes d'Europe. Dans la
vidéo, le commentateur traverse des périodes pessimistes, fatalistes,
euphoriques tout en essayant de garder une certaine retenue. A la 97eme Antwerp
marque le but du 4-3 pour arracher la qualification comme un vieux brigand. Ils
seront éliminés en 1/4 de finale par Cologne.
2. Italie – Bulgarie : 2004
Troisième et dernière rencontre d'un groupe de l'Euro
comprenant le Danemark et la Suède. La Bulgarie distribue des points par
paquets de trois à tout le monde, les trois autres équipes n'arrivant pas de
leur côté à se départager entre elles. L'Italie doit donc gagner ce match et
espérer une victoire d'un des deux pays Nordiques ou au moins un match nul
impliquant moins de quatre buts.
Le Danemark mène longtemps 2-1, laissant son sort entre ses
mains à l'Italie. Mais elle bute sur des Bulgares jouant très bien le jeu
jusqu'à une reprise Trézéguesque de Cassano dans la lucarne de Zdravkov.
Cassano exulte avec ses partenaires et son banc, il fait réellement plaisir à
voir. Mais voilà, Panucci apprend l'égalisation Suédoise qui élimine l'Italie
quoi qu'il se passe, comme leurs larmes furent douces.
1.
Schalke04 : 2001
Mené tout le match, Schalke04 inverse la tendance en passant
de 2-3 à 5-3 dans le dernier quart d'heure. De son côté, le Bayern gère un 0-0
suffisant. Le match est terminé à Gelsenkirchen quand annonce est faite au
stade qu'Hambourg a ouvert le score à la 90ème. A ce moment-là, les bleus
remportent leur premier titre depuis 1958,
Envahissement de terrain, lâché de ballons, supporters
s'appropriant même des carrés de pelouse, la fête est belle. Jusqu'à l'annonce
de l'égalisation de Patrik Andersson pour le Bayern au bout du temps
additionnel. Depuis, Schalke n’a toujours pas gagné de titre de champion d’Allemagne.
Sympa, jeunes, de commencer par un article 'c'était mieux avant'. Bonne continuation.
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